Chapitre 8: La bataille de sens
24.4.26 – 28.6.26

La joie, qui se caractérise par une perception profonde et directe de signification, de sens, s’accompagne également d’un obscurcissement de ce sens. La joie résiste habilement à toute tentative d’enfermement. La joie est une présence vivante ; la réduire, l’étiqueter et l’emmurer, c’est éteindre sa vitalité, qui est son sens. D'où la nature éphémère de la joie ; une silhouette à l'horizon qui ne cesse de s'éloigner, inaccessible mais perçue, ressentie, éprouvée.
S’il y a une lutte de sens, c’est la lutte pour poursuivre la lutte, pour tendre vers l’horizon qu’est la joie. Pour certains, peut-être pour beaucoup, la nature éphémère et ténue de la joie les incite à rechercher quelque chose de plus permanent, de stable, voire de monumental. Leur lutte est une lutte pour un sens, pour un prix, pour quelque chose qu’ils peuvent saisir, posséder, exhiber et dont ils peuvent tirer profit. Ce n’est pas ma lutte. La mienne est une lutte de sens. Et ainsi je continue vers l’horizon. La lutte est à la fois miraculeuse et effrayante. Aussi solitaire que soit cette lutte, je ne suis pas seul à la mener. Et cet engagement mutuel est au cœur de sa nécessité, et de sa joie.
La lutte de sens est un engagement véritablement humain, lequel repose sur une activité que Claire Marin définit comme la santé, c’est-à-dire, précisément la capacité de supporter d’importants changements, d’y répondre en déployant une énergie nouvelle, en sollicitant des réactions inhabituelles, c’est-à-dire, en créant.
Joy, characterized by a profound and direct reception of meaning, of sense, is also accompanied by the obfuscation of that sense. Joy deftly resists any efforts to enshrine its sense. Joy is a living presence and so to pin, label, and encase it is to extinguish its vitality, which is its sense. Hence the fleeting nature of joy, a figure on an ever-receding horizon, unattainable yet perceived, felt, lived.
If there is a battle of sense it is the battle to continue the battle, to continue to approach the horizon that is joy. For some, perhaps many, the fleeting and delicate nature of joy inspires them to seek something more permanent, something stable, even monumental. Theirs is a battle for sense, for a prize, for something they can grasp, own, display and profit from. Such is not my battle. Mine is a battle of sense. And so I continue on towards the horizon. The battle is both miraculous and frightening. And as solitary as this battle is I am not alone in it. And this mutual engagement is the heart of its necessity, and its joy.
The battle of sense is a truly human engagement, one that depends upon an activity that Claire Marin defines as health, that is, precisely the capacity to to withstand significant perturbations, to respond to them in a novel way with a newfound vitality— in other words, through creativity.
Le Télégramme 04.22.2026

Chapitre 7: Le bruit du temps perdu
12.12.25 – 26.1.26

Deux ans se sont écoulés depuis l'installation de Poetry is disaster à Morlaix. Deux ans et six chapitres de création.
C’est un privilège d’avoir rencontré tant de personnes qui, par leur présence, leur curiosité, ont enrichi mon art et a fortiori ma façon d'être au monde. Merci.
Afin de célébrer cet anniversaire, j’aimerais vous dévoiler le septième chapitre : Le bruit du temps perdu.
Des œuvres réalisées depuis mon arrivé à Morlaix, ainsi que d’autres plus anciennes, vont cotoyers des créations inédites créées spécialement pour cette exposition.
L’habitant du dynamisme implacable du bruit du temps connaît intimement une solitude incommunicable ; le poète, dans sa solitude originelle, sait qu’elle contient un monde entier habitable.
« Partout où quelque chose vit, il y a, ouvert quelque part, un registre où le temps s’inscrit ». – Henri Bergson.
It has been two years since Poetry is disaster has existed in Morlaix. Two years and six chaptres of creativity. It has been my privilege to meet so many who, with their presence, their interest, and their generous exchanges, have enriched my art and hence, my way of being in the world. Thank you. To celebrate I am presenting the 7th chapter of this adventure: Le bruit du temps perdu. It is a collection of works spanning my time in Morlaix, some older work, and importantly, some new things created for this exhibit.
The inhabitant of the relentless dynamism of le bruit du temps knows intimately an incommunicable solitude; the poet, in its native solitude, knows that it contains an entire habitable world.
“Wherever something lives, there is, open somewhere, a register where time is inscribed.” – H. Bergson.
Ouest-France, 24 décembre 2025

Chapitre 6: Annonciations
26.09.25 – 16.11.25

Pour le sixième chapitre des expositions à Poetry is disaster, Mike Schertzer transforme sa galerie en un lieu où se révèle l’infinie beauté de l’infiniment petit. Par centaines, des bouts et des bribes – fragiles et modestes – de notre monde végétal, si souvent négligé voire ignoré, ont été pressés entre des panneaux de verre de taille très modeste. L’ordinaire se tourne alors vers autre chose, vers une singularité, une audace même, telle une annonciation qui nous encourage à soutenir que la vérité de ce monde est impalpable… et parce que c'est un don, et parce qu'il ne nous demande rien, il disparaîtrait aussitôt si nous lui adressions la moindre exigence. (Clarice Lispector)
For the sixth chapter of expositions at Poetry is disaster Mike Schertzer has transformed his galerie into a ambitious yet intimate environment, an invitation to discover the possibility of beauty in the merest of things. Hundreds of humble examples of our shared and often unregarded vegetal world have been pressed between small panels of glass. And each, with its unique and miraculous daring that thrives in the ordinary and the routine, is an annunciation that encourages us to consider that the truth of this world is impalpable… and because it is a gift, and because it asks nothing of us, it would vanish at once were we to make any demands of it. (Clarice Lispector)
Chapitre 5: Affordances & autres offrandes
11.07.25 – 14.09.25
avec les artistes
Nancy Blanchard
Artist: Unknown
M.White

Les affordances sont des possibilitiés que notre lieu nous offre, les possibilités, pas de l’exploitation, mais d’engagement. « Les affordances de l’environnement sont ce qu’il offre à nous, ce qu’il nous fournit, soit pour le meilleur, soit pour le pire… Cela implique la complémentarité de nous et de l’environnement. » (adapté d’un texte de James J. Gibson).
Le Télégramme, 24 juillet 2025

Chapitre 4: Frondes & autres floraisons
& intervention artistique de Théodore White
11.04.25 – 29.06.25
avec les artistes
Nancy Blanchard
Artist: Unknown
M.White

Fronde, cette pulsion végétale, cet espoir et provocation.
Une arme simple contre les forces d’anéantissement.
Un sens critique vers les autorités illégitimes.
La révolte motivée par la soif de lumière.
On partage leur verdure, leur enracinement.
Toutes les frondaisons ont raison.
Enracinements de Théodore White

En juin 2024, j’ai commencé à m’intéresser aux plantes des interstices, des recoins refoulés par les pavés ; leurs formes incertaines et improbables qui complètent les mosaïques croulant des murets en schiste rouge et tapissent les circuits diluviaux en aval des gouttières.
Cette diversité végétale insoupçonnée nous entoure en ville, et c’est seulement en commençant à apprendre leurs noms, à tisser des liens avec elles que je les ai de plus en plus remarquées, et leurs manières extraordinaires de grimper, de s’étaler, de s’enraciner là où les sols paraissent imperméables.
Leurs noms vernaculaires nous rappellent qu’elles ont toujours fait partie intégrante de nos sociétés, dans des « réseaux d’usages, d’images et de perceptions »1 que nous avons tissés avec elles au cours d’une très longue histoire.
L’effritement de nos connaissances botaniques communes et culturelles, ainsi que la perte d’espaces naturels et de diversité végétale par l’artificialisation des sols nous pousse à reconsidérer nos manières d’habiter la ville. Malgré le peu d’espace et d’attention qu’on leur donne, ces plantes vagabondes s’élèvent dans nos paysages urbains, participent à la fresque de vie qui nous entoure, nous reliant toutes et tous en tant qu’éternelles sources d’inspiration et d’émerveillement. « Si notre expérience (sensible) est détruite, notre comportement sera destructif »2.
Rejoignez-moi pour créer un compendium à ciel ouvert ! La belle et foisonnante végétation de Morlaix nous attend. Des craies seront mises à votre disposition. Je ne suis qu’un botaniste débutant, que les expert·e·s et passionné·e·s me pardonnent toute potentielle erreur d’identification !
Faites-en de l’art, écrivez des histoires, prêtez un peu d’attention à ces plantes qui ont tout autant le droit de battre le pavé que nous.
Théodore White
(1) M. Roussier du Lac, Les migrations des plantes, Paris, Manuella Éditions, 2024, p.72.
(2) R. D. Laing, The politics of experience, Londres, Penguin,1967.
Ouest-France, 19 avril 2025

Le Télégramme, 9 avril 2025

Chapitre 3: Enchantillons (petits formats & autres délices)
13.12.24 – 19.01.25
avec les artistes
Nancy Blanchard
Artist: Unknown
M.White

Chapitre 2 : Feuilles volantes & oeuvres sur papier
M. White & Mike Schertzer
24.10.24 – 30.11.25

Ouest-France, 10 novembre 2024

Chapitre 1 : Poetry is disaster
10.05.24 – 23.08.24
avec les artistes
Nancy Blanchard
Artist: Unknown
M.White

Ouest-France, 24 mai 2024

