De la Solitude         
       Nuit Blanche, Paris... 4 octobre 2014, 19h - 7h, 4 rue des Irlandais
 
      performance (écriture) 5h - 17h ... essai 38, livre I de Michel de Montaigne 

         

   En regardant le texte sur le mur, un enfant m’a interpellé « tout va disparaitre demain … vous aurez alors perdu beaucoup de temps …». J’ai répondu : « on ne perd jamais du temps en exerçant une activité pareille. Pendant que j’ai écris le temps est resté à coté de moi, tel un compagnon… »



   De la craie blanche sur un mur pâle? Le texte est difficile à lire et pas facile à photographier. Pour le visualiser, il fallait s’arrêter pendant un moment, ou deux… trouver la solitude dont parle l’œuvre, il faut se mettre ‘en pause’. Ce que vous découvriez, c’est une rue qui offre du calme et de la réflexion au centre d’un monde qui exige le mouvement permanent et qui ne demande que de la réaction de votre part.

   Montaigne a écrit : «ce qu’il vous faut rechercher, ce n’est plus de savoir comment le monde parle de vous, mais comment vous parlez vous à vous-même. Retirez-vous en vous-même, mais préparez-vous d’abord à vous y accueillir». De la Solitude était un effort de créer un tel accueil, de montrer qu’il est possible de ‘se retirer en soi-même’. De la Solitude n’est pas une destination mais une porte. Mon approche reste clairement contraire à toutes les formes de création monumentales.

   Avec l’élément de l’éphémère comme référence, je mets la valeur du monument en question. La culture n’est pas un monument. Je ne crée pas des images devant lesquelles vous pouvez passer et prendre des photos pour ensuite les disperser à vos centaines d’amis virtuels.

    De la même façon qu’il n’y a pas une pilule pour apprendre un langage de manière immédiate, la culture instantanée n’existe pas.

    La culture n’est pas un monument— vous devez la revisiter, la retoucher, la retracer, la régénérer. C’est la générosité de l’artiste exprimée dans son œuvre qui rend possible cette rencontre. Pour être bien reçu, il faut que vous offriez de la patience et une ouverture d’esprit.

   Un texte difficile à lire n’est pas forcément illisible : il faut pouvoir 'le chercher'… son message, son trésor, ne demeure pas dans l’immédiat. L’approfondissement est la seule demande d’une œuvre qui rêve d’être plus qu’une publicité, plus qu’une phrase, une marque.

    Dans ce monde où nous sommes sollicités par des ouvrages qui ne demandent que de l’adoration, ou d’être «liked » une telle exigence (et celle dont parle Montaigne dans son essai De la Solitude et qui est la base de mon travail), s’avère oppressive et fanée.

    Si le monde n’a pas le temps pour le temps, est-ce que le temps a le temps pour nous ?


   After reading some text on the wall, a child turned to her mother, and then to me, and said, “everything is going to be erased tomorrow… you have lost a lot of time writing all this”. I answered, “you never lose time doing something like this… all the while I was writing time was beside me, as a companion”.

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   White chalk on a pale wall ? It is difficult to read and not easy to photograph. To see it you must stop, for a moment, or two… to find the solitude of which the text speaks you must pause. What you will discover is a narrow street which offers calm and reflection in the heart of a world which demands incessant movement while accepting nothing more from you than reaction.

    Montaigne wrote, “You are no more to concern yourself how the world talks of you, but how you are to talk to yourself. Retire yourself into yourself, but first prepare yourself there to receive yourself”. De la Solitude was an attempt to create such a welcome, to manifest the possibility that we can retire into ourselves. De la Solitude is not a destination, it is a door. My approach is clearly contrary to all forms of monumental creation. My insistence on the ephemeral, on the fugitive, necessarily questions the value of any monument.
 
   Culture is not a monument. I do not create images before which you can pass, take a photograph, and then share your photo instantaneously with your five hundred virtual friends. Just as there is no pill we can take in order to learn a language, there is no such thing as instant culture.

   Culture is not a monument— you must revisit, retouch, retrace, and reconstruct it… and most importantly, culture must be reawakened. It is the particular generosity of the artist, as expressed in his work, which enables this encounter. In order to be well-received you must offer patience and a receptive spirit.

   A text that is difficult to read is not illegible: you must search for its message, its treasure. A sincere engagement is the only demand of a work that aspires to be more than an advertisement, more than a slogan, or a logo. In this world where we are solicited by objects and images that demand, if not adoration, at least to be liked, such an imposition— the requirement to resist volontary servitude and instead enter, alone, into an ecounter with time, time that is standing still, as though it is waiting for you— such an appeal (which infuses Montaigne’s essay De la Solitude and which is the basis of my work) must seem to many to be oppressive and outworn. A moment is too much to ask.

    And so, I ask you this: if the world has no time for time, does time have time for us?

MS

 










 
 

Dans la solitude sois une foule pour toi-même  / in lonely places be a crowd unto yourself
                          - Michel de Montaigne

     



Poetry is Disaster 
correspond
  

Mike Schertzer 1997 - 2014